La recréation d’habitats dans des cours d’eau fortement modifiés

 

→  Des populations piscicoles en déclin

→  La problématique de l'artificialisation des berges

→  Aménagement d'un ancien charbonnage en zone de frai

→  Les résultats

→  Article paru dans le Pêcheur belge - juillet 2013

→  Télécharger la brochure de présentation du projet

 

Des populations piscicoles en déclin

Les nombreuses pressions sur les populations piscicoles sont responsables du mauvais état de santé de l’ichtyofaune en Wallonie mis en avant, notamment, dans le "Tableau de bord de l’environnement wallon". Les pollutions ponctuelles aggravent cette situation et peuvent causer de véritables hécatombes.

 

Le 31 juillet 2007, la Basse-Meuse liégeoise a été polluée par deux insecticides provenant de la firme Chimac-Agriphar S.A. Suite à cette forte pollution, plus de vingt tonnes de poissons ont été tués. En vue d’obtenir la réparation des dommages, une plainte a été déposée par la Fédération Royale des pêcheurs à la ligne de la Basse-Meuse liégeoise, La Fédération des sociétés de pêche « Pêche et Loisirs » ainsi que la Maison wallonne de la pêche.. Après la réunion de concertation, du 9 avril 2008, qui s’est tenue au Cabinet du Ministre wallon de l’Environnement, un dédommagement a pu être obtenu.

 

Barques de pêche sur la darse de Cheratte

 

Une partie de ces indemnités a permis à la Maison wallonne de la pêche de lancer un projet FEP intitulé "Pisciflore Cheratte". Celui-ci s’inscrit dans le plan de restauration des dégâts environnementaux subis. Ce projet offre une opportunité de protéger les populations piscicoles en Basse-Meuse liégeoise, milieu particulièrement soumis à la pression anthropique. Ce projet d’une durée de deux ans et demie à pu voir le jour grâce au financement du Fonds Européen pour la Pêche, du Service Public de Wallonie et du Fonds Piscicole de Wallonie.

 

L’artificialisation des berges impacte le cycle vital des poissons

L’artificialisation de la Basse-Meuse Liègeoise au début du vingtième siècle a causé la perte de nombreux habitats pour la faune aquatique. Le recouvrement des berges par des matériaux inertes (béton, pierres...) empêche toute colonisation des berges par de la végétation rivulaire.

 

De nombreuses espèces de poissons dépendent de ces zones pour se reproduire, se nourrir et se développer. Avec cette artificialisation, les habitats de nos poissons phytophiles (déposant leurs œufs sur des plantes) sont aujourd’hui fortement réduits.

 

Un ancien charbonnage aménagé en zone de frai

Si à ce jour, la renaturation de la Basse-Meuse semble encore difficilement envisageable, il subsiste néanmoins quelques annexes hydrauliques où les interventions en faveur du milieu sont moins contraignantes et où la mise en place de dispositif à destination piscicoles n’entrave pas la navigation. C’est notamment le cas de la Darse de Cheratte. Cette annexe fluviale a principalement été créée à des fins portuaires (quai de chargement d’un charbonnage). La majorité des aménagements liée au projet aura lieu dans cette darse. Cette dernière a été choisie pour sa situation abritée des courants parfois violents de la Meuse en période de crue ainsi que des débris charriés.

 

PisciFlore Cheratte from Maison wallonne de la pêche on Vimeo.

 

 

Les aménagements portent d’une part sur la mise en place de fascines végétalisées, ces boudins biodégradables en fibre de coco ont été végétalisés à l’aide d’hélophytes (plantes dont le système racinaire baigne dans l’eau alors que les tiges et les feuilles sont aériennes). Après une année de développement dans les bassins de la pisciculture d’Erezée, les boudins de coco ont été disposés le long du mur de la darse. L’ancien quai de chargement du charbonnage de Cheratte a été équipé d’un système de paniers métalliques sur lesquels ont été déposés les fascines pré-végétalisées. Ces structures ont été enfoncées d’une quinzaine de centimètres dans l’eau afin de permettre un bon développement du système racinaire. Une centaine de mètres de ces structures ont été installées au début du printemps de cette année.

 

Paniers supportant les fascines végétalisées

 

D’autre part, des frayères artificielles fixes ont été fixées au mur de la darse. Celles-ci sont composées de cadres métalliques en inox sur lesquels s’insèrent des lattes portant des faisceaux de fibres synthétiques. Elles ont comme premier objectif de servir de support de pontes aux poissons phytophiles (brochets, gardons, brèmes, tanches, etc.), en attendant le développement racinaire des fascines. Par la suite, ces structures serviront d’appoints aux substrats naturels de pontes fournis par la végétation jouxtante. Une quarantaine de mètres de ces structures a été placée cette année.

 

Reproduction de brèmes sur les frayères artificielles

 

Des résultats impressionnants quelques jours après l’installation

Quelques jours seulement après la mise en place des frayères artificielles au mur de la darse, les premières pontes ont été déposées sur les brosses synthétiques. Près de 2 millions d’œufs de brèmes communes ont été pondus fin avril. On peut dire que l’efficacité de ces structures ne s’est pas fait attendre!

 

Pontes de brèmes sur les frayères artificielles

 

La reprise des plants installés dans les fascines végétalisées n’a pas tardé. Après quelques semaines seulement le chevelu racinaire dépassait déjà des paniers métalliques. Certaines racines présentes sous les structures ont même accueilli quelques œufs de brèmes, ce qui est de bon augure pour leurs reproductions futures. Cet enchevêtrement racinaire sous les fascines constitue un milieu de développement idéal pour les larves et alevins. Celui-ci accueille, en effet, les micro faune et flore à la base de l’alimentation des jeunes poissons. De plus, cette densité de racines crée des zones de caches et d’abris idéales contre les prédateurs.

 

Alevins de gardons et de brèmes dans les frayères artificielles

 

L’artificialisation des berges et la pollution ont profondément ébranlé les écosystèmes aquatiques. Ces aménagements montrent qu’il est possible de recréer un milieu propice à la vie dans des cours d’eau fortement modifiés.

 

Darse de Cheratte

 

Le Pêcheur belge - Juillet 2013

L'article paru dans le Pêcheur belge de juillet 2013 sur les fascines végétalisées est disponible en téléchargement en cliquant sur l'illustration ou le lien ci-dessus.

Article paru dans le Pêcheur belge de juillet 2013 sur les fascines végétalisées

 

Ce projet est soutenu par le FEP et la Wallonie

Voir aussi :

→ Les coulisses de la rivière
→ Poissons de nos rivières
→ Fiche poisson - Le barbeau
→ Que pêcher
→ Les écoles de pêche de Wallonie